Ferme de la Bourdaisière
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De la viabilité des modèles

La Ferme de la Bourdaisière, particulièrement exposée dans les médias depuis sa création en avril 2014, suscite régulièrement, et à juste titre, des questionnements relatifs à sa rentabilité financière.

Un article récent avait pour titre ‘Ferme d’Avenir, un échec non assumé’ et visait à démontrer que le modèle n’était pas viable.

Voici une réponse que nous avons adressée au journaliste et que nous publions ici à des fins de clarification.

Pour mémoire, nous partageons, saison après saison et en toute transparence, le chiffre d’affaires de cette ferme de 1,4ha à cette page.

 

« La ferme de la Bourdaisière a été conçue dès le départ comme une ferme expérimentale. Après quelques saisons, nous nous sommes rendus compte que l’objet de cette ferme ne pouvait pas seulement se cantonner à la démonstration de sa viabilité économique via la vente des fruits et légumes produits sur la ferme. En effet, différentes contraintes et opportunités nous ont amenés à repositionner le rôle de la ferme :

  • l’impossibilité de construire un bâtiment professionnel (la ferme se situe dans l’enceinte d’un château classé et l’infrastructure envisagée initialement et provisionnée dans le plan initial aurait coûté, après les préconisations des ABF (Architecte des Bâtiments de France) plus de 2 fois le budget imaginé) ;
  • le besoin de déployer des expérimentations techniques grandeur nature (cave semi-enterrée, serres mobiles, serres bioclimatiques, etc.) ;
  • l’afflux de visiteurs et les nombreuses demandes de formation.

 

Le projet a donc été réorienté pour maximiser son impact et sa contribution à la transformation de l’agriculture notamment en favorisant le partage de nouveaux savoir-faire au plus grand nombre.

 

En pratique sur 2017 nous avons accueilli plus de 200 personnes en formation, 4 séminaires d’entreprise et réalisé 34 visites. En tout ce sont plus de 1 500 personnes qui sont venues à la Ferme de la Bourdaisière l’année dernière. La production a représenté un CA de 20 000 € et la formation et les visites ont représenté un CA de 40 000 € correspondant au temps passé par les maraîchers pour préparer et animer des pratiques et interventions à la ferme.

 

La ferme poursuit désormais 3 objectifs principaux :

  • Produire des produits bio de très grande qualité
  • Servir de support à des formations, visites et séminaires
  • Être un support d’influence et de communication

 

Ce sont ces revenus diversifiés qui vont permettre l’équilibre de cette ferme laboratoire. Son rôle est complémentaire à celui d’autres fermes purement productives.

 

L’immense majorité des fermes, qu’elles fonctionnent en agroécologie ou non, génère bien entendu leur chiffre d’affaires exclusivement par la vente de leurs productions. Nous n’avons de cesse de nouer des liens avec certaines d’entre elles, par le biais des Concours Fermes d’Avenir (dont vous pouvez découvrir les lauréats sur cette page ou celle-ci), du Fermes d’Avenir Tour (plus de 220 fermes visitées), des programmes compagnonnage ou comptabilité 3K, et c’est fort de ces retours d’expériences que nous sommes convaincus du bien-fondé de notre démarche et du modèle que nous promouvons.

 

S’il est aujourd’hui impossible d’affirmer que l’agriculture intensive et chimique est rentable (61 % des exploitations auraient eu un résultat courant avant impôt négatif sans les aides de la PAC[1]), il est désormais bien établi que des microfermes maraîchères agroécologiques peuvent trouver leur viabilité économique (cf. la thèse soutenue en 2016 par Kévin Morel à Agroparistech/INRA voir ce lien ou la performance économique de Jean-Martin Fortier au Québec à la Ferme de la Grelinette).

 

Du reste, les missions de Fermes d’Avenir ne se résument pas à la Ferme de la Bourdaisière : cette expérimentation est le projet originel, mais nous agissons désormais sur 4 axes : Production, Formation, Financement et Influence. Nous vous invitons à parcourir l’ensemble de notre programme d’actions sur notre site internet.

Permettez-nous également d’apporter quelques observations sur des points inexacts de l’article ‘Ferme d’Avenir, un échec non assumé’ :

1/ L’hypothèse de chiffres de jours de stagiaires est biaisée à différents niveaux. En 2017, nous avons reçu l’équivalent temps plein de 2 stagiaires sur l’année. Les personnes accueillies sont de niveaux et de profils variés. Parfois, elles n’ont aucune expérience, souhaitent découvrir le métier ou tester leur motivation pour une reconversion professionnelle. Le temps passé à leur accompagnement coûte finalement plus cher que la valeur ajoutée qu’elles génèrent. Mais c’est pour nous un choix assumé : nous encourageons vivement les nombreuses personnes qui nous sollicitent à tester leurs envies de nature sur le terrain avant de s’engager dans la création de fermes.

 

De fait, le calcul effectué occulte deux typologies de temps passé par les maraichers à des activités non rémunérées directement :

  • Le temps où les maraîchers forment et accueillent des personnes sur la ferme : ce temps pédagogique a une vraie valeur pour créer des vocations chez les stagiaires, pour changer le regard des visiteurs sur l’agriculture
  • Le temps de travail en équipe au sein de l’association, la contribution aux autres projets de Fermes d’Avenir (comme les visites pédagogiques ou le suivi de la comptabilité en triple capital) qui n’existe pas dans une exploitation habituelle

 

Enfin, la déclaration suivante : « Un travail équivalent à 1,76 €/heure », provient d’un calcul fictif et renvoie un message trompeur en laissant croire que l’on rémunère les personnes à ce prix. Or, Fermes d’Avenir prend le parti du salariat (le SMIC au minimum et des horaires légaux, 35h/semaine et heures supplémentaires payées) dans un secteur où les maraîchers sont généralement indépendants et seuls à supporter les investissements et les risques.

 

2/ Nous ne cherchons pas à généraliser cette expérimentation en l’état, ni à “imposer une méthode” : notre ambition est de mettre en lumière des modèles vertueux, qui font écho à de nombreuses initiatives diversifiées partout en France. Les agriculteurs peuvent s’en inspirer…ou pas !

 

En conclusion, nous savons que la permaculture n’est pas une formule miracle, mais nous sommes persuadés qu’elle constitue une source d’inspiration pertinente, même dans des activités agricoles professionnelles.

Pour que l’on ne puisse plus jamais constater, à regrets, que les agriculteurs vivent parfois avec 350€/mois alors qu’ils ne comptent pas leurs heures, il nous semble que les sources et modèles de revenus devront évoluer, notamment en intégrant une rémunération pour les services écosystémiques rendus : entretien de la qualité de l’eau, régénération des écosystèmes et de la biodiversité, séquestration du carbone, préservation de la santé des citoyens, création de dynamiques rurales.

 

Fermes d’Avenir, qui défend plusieurs amendements en ce sens, croit profondément que la meilleure voie pour trouver la résilience et la ‘viabilité’ sur le long-terme consiste à intégrer dans la comptabilité, en plus du simple capital financier, les capitaux naturel et humain.

Analysé par ce prisme intégral, il ne fait pas de doute que l’agroécologie est bien plus pertinente et rentable que l’agriculture chimique intensive. »

[1] http://www.senat.fr/rap/r16-672/r16-672_mono.html, en I-A-2