Ferme de la Bourdaisière
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Le rôle de « Payculteur »

Quelques éléments de contexte

Le métier de « payculteur » est une idée issue de notre expérience de terrain à la Ferme de la Bourdaisière, mais aussi et surtout de toutes les rencontres et réflexions que nous avons pu avoir depuis plusieurs années, avec des agriculteurs, des coopératives, des porteurs de projet, des élus locaux, des associations locales, des propriétaires fonciers ou encore des distributeurs.

Créer et structurer un nouveau modèle de développement centré sur une agriculture biologique et locale nous semble la voie alternative pertinente pour assurer la résilience et la pérennité de notre système agricole. La création d’une multitude de micro-fermes agroécologiques, inspirées de la permaculture, complémentaires et autonomes, structurées en grappes, sur les territoires apparaît comme une solution plausible pour faire face à ces chocs (lire, à cet effet, le Plaidoyer Fermes d’Avenir publié en octobre 2016)

Pour que ce modèle de micro-fermes maillées en grappes émerge efficacement sur les territoires il nous a semblé important de mettre l’accent sur un maillon à consolider : nous le nommons « payculteur ».

Soyons clairs : les payculteurs existent déjà. Cependant, nous avons voulu, en créant ce terme/métier, mettre un mot sur un rouage essentiel du nouveau système agricole auquel nous aspirons.

Nommer c’est reconnaître, c’est donner la possibilité de former clairement à des compétences qui sont aujourd’hui éparpillées au sein de formations diverses, c’est aussi admettre que l’union fait la force et qu’une seule personne ne peut pas toujours porter efficacement à la fois la production, les fonctions support, la négociation commerciale et les milles autres tâches d’une activité agricole.

Bien sûr, nous ne détenons pas la vérité et n’avons pas encore de certitudes sur ce que doit être exactement un payculteur ou une paycultrice. Le périmètre du métier, les axes clés qui le composent se dessineront dans le temps avec l’ensemble des parties prenantes, des acteurs de la filière et les stagiaires des différentes promotions des formations.

 

Un métier nécessaire à structurer ensemble

Dans le cadre de notre formation « Payculteur », des échanges ont eu lieu avec les stagiaires des promotions 2017 et 2018, ce qui a permis de nourrir les perspectives pour les payculteurs-ices.

Ce « catalyseur de territoire », nous l’imaginons comme une personne entrepreneur, enthousiaste, dynamique, compétente, et surtout qui saura fédérer diverses parties prenantes autour d’un projet portant une alternative pour une alimentation saine ; c’est pourquoi nous le qualifions d’« entrepreneur du territoire », ou de «fédérateur », celui ou celle qui fait bouger les lignes et accélère la mutation nécessaire !

Cet animateur dynamique et engagé aura pour mission de soutenir le développement une grappe de fermes bio, réunissant des fermes déjà existantes et/ou qu’il aura aidées à installer. Il accompagnera les porteurs de projet, sera leur interlocuteur privilégié et fédérera le réseau. Il permettra à cette dynamique de s’insérer au mieux dans le territoire et facilitera les échanges et les relations avec les acteurs majeurs extérieurs. Grâce à ce soutien, les fermes pourront se consacrer entièrement à leurs productions tout en se sentant soutenues et faisant partie d’un réseau actif, dynamique et solidaire.

 

 
 
Remarque importante :

L’intérêt du rôle de payculteur ne se justifie qu’auprès des agriculteurs qui souhaitent, en toute liberté, mutualiser quelques fonctions supports avec d’autres fermes voisines et amies. Dans tous les cas, chaque grappe de fermes devra décider du degré de mutualisation qu’elle souhaite et pour quelles fonctions. La structure juridique de cette mutualisation découlera de ces choix, de même que la rémunération du payculteur. Fermes d’Avenir ne souhaite pas imposer un modèle juridique. En revanche, nous posons un principe de base : le payculteur doit porter une partie des risques, et non uniquement le producteur paysan. Sa rémunération ne peut donc pas être aux dépens du revenu du paysan puisque justement, sa raison d’être est d’améliorer les conditions de travail des paysans qu’il soutient.

Ainsi, par rapport au risque que le payculteur crée une méga structure et cherche à assurer sa survie plutôt qu’à aider les agriculteurs, il faut répéter que le payculteur est dédié à quelques fermes sur un territoire. Il n’est certainement pas à la tête d’une grosse structure. Il partage le risque de ces fermes.

Le payculteur ne pourra donc se rémunérer que sur la valeur ajoutée que son action produit ou sur les économies qu’il génère dans les fermes de la grappe de laquelle il fait partie. Il pourra aussi dans un premier temps lever des fonds pour financer son activité.

Plusieurs pistes de structuration juridique sont évoquées :

  • animateur d’une coopérative d’activité et d’emploi
  • animateur d’un réseau d’Espaces-Test agricole
  • coopérant d’une SCIC où tous les membres du collectif, payculteurs et producteurs, sont également coopérants. Dans ce schéma, tous les membres contribuent au chiffre d’affaires et se versent un salaire selon une règle qu’ils fixent d’un commun accord.

Le payculteur est donc le membre d’un tout : la grappe de fermes de laquelle il fait partie. La fonction de payculteur peut être assumée par un membre existant de la grappe et venir en complément de son activité principale et ne pas représenter un métier à plein temps.

 

Les missions qu’il pourrait assumer

Grâce aux échanges passionnants et constructifs de ces 2 premières promotions de payculteurs-ices (2017 et 2018), nous avons essayé d’organiser les différents domaines/pôles d’activité sur lesquels le payculteur pourra soutenir les paysans qui le souhaitent, notamment des paysans en installation. Ces fonctions peuvent être plus efficaces quand elles sont menées pour plusieurs fermes plutôt que pour une seule.

Ainsi, il sera par exemple plus aisé de vendre en restauration collective par plusieurs fermes (via un groupement conjoint ou un groupement solidaire) qu’à une seule, tant les exigences en termes de régularité de disponibilité de produits sont importantes. Autre exemple, assurer la livraison des paniers à des abonnés : dans le cas d’une grappe de fermes, le payculteur peut aller, si les agriculteurs le souhaitent, livrer les produits des différentes fermes à un groupe de consommateurs qu’il aura contribué à monter.

De nouveau, en fonction des besoins des paysans, le payculteur assurera une, plusieurs ou toutes ces fonctions :

  1. Support administratif
    1. Gestion de l’administratif, de la veille juridique et de l’accompagnement en conversion bio
    2. Facilitation de l’accès à la terre des porteurs de projet et de l’obtention de financements pour tous
  1. Soutien à la distribution – commercialisation
    1. Mise en place de nouveaux débouchés commerciaux,  participation à la mise en place de réseaux de distribution, mutualisation des circuits de livraison.
    2. Développement d’un Groupement d’Achat pour les matières premières, les outils, machines etc. nécessaires aux fermes
    3. Création d’un outil de transformation de produits frais (légumerie, conserverie, etc.) et commercialisation éventuelle
  1. Aide au développement d’outils de communication 
    1. Création et suivi de campagne et d’outils de communication auprès des consommateurs et des professionnels du secteur
    2. Développement de relations privilégiées avec les acteurs institutionnels  importants du territoire, les associations d’agro-écologie, les circuits de distribution
  1. Support technique
    1. Création de supports techniques en collaboration avec les organismes existants ainsi que la mise en place d’une assistance technique
    2. Accompagnement à l’expérimentation : aide à la mise en place de protocoles de test et de suivi des mesures (par exemple, pour tester une densité plus importante que d’habitude de plantation d’une espèce de légumes, etc)
  1. Développement d’activités connexes 
    1. Aide à la mise en place de programmes pédagogiques et d’accueil à la ferme

D’après nous, le payculteur sera un vrai artisan du changement, qui verra ses impacts au quotidien et sur le long terme en matière d’emplois, de dynamiques territoriales, de valorisation du terroir et, lorsque les régions en compteront suffisamment, ils pourront même avoir des incidences sur la biodiversité, les écosystèmes, les paysages, le dérèglement climatique, la santé !

Dans tous les cas, le payculteur doit avoir l’expérience d’un travail dans une ferme ou au minimum avoir fait des stages dans plusieurs fermes. Il devrait passer du temps sur le terrain, songer  à un minimum de 10 % de son temps de travail sur les fermes qu’il accompagne ou sur des chantiers participatifs réguliers par exemple.