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La permaculture humaine

« Selon Bill Mollison, la permaculture est une réponse « positivante » à la crise environnementale. Elle a trait à ce que nous voulons et pouvons faire, plutôt qu’aux obstacles que nous rencontrons et aux changements que nous attendons des autres. Il s’agit d’une réponse à la fois éthique et pragmatique, philosophique et technique. »
In David Homgren, Permaculture, 2002 (traduction française, éditions Rue de l’Echiquier, 2014)

 

Cet article présente plusieurs extraits du livre Permaculture de David Holmgren, livre dont la lecture est grandement recommandée.

livre Permaculture

« Le problème est la solution« , « le moindre effort pour le plus grand changement« , « valoriser le marginal« , « partage équitable » … tous ces principes de permaculture servent à concevoir des écosystèmes résilients sur le terrain, et pas seulement en nous donnant une méthodologie pour trouver les techniques appropriées à notre site ! Ces principes s’adressent également à notre attitude, notre façon d’être, notre manière de nous sentir et de ressentir le monde. Ils nous proposent un regard particulier sur le vivant, nous-même et les autres, et nous conduisent vers l’exploration d’outils de discussion, de prise de décision, de gouvernance, de partage qui permettent le respect de soi, la coopération et l’intelligence collective.

Ethique-Permaculture

La permaculture humaine : « prendre soin de la terre », « prendre soin de l’humain » et « partage équitable »

L’éthique de la permaculture compte trois principes : prendre soin de la terre, prendre soin de l’humain et partage équitable. Dans cette page, nous allons beaucoup parler du respect de l’humain et du partage équitable puisque le premier principe « prendre soin de la terre » transparaît dans la plupart des autres articles de la boite à outils. Aussi, les trois principes sont liés : l’humain faisant partie du monde vivant, prendre soin de la terre est nécessaire pour prendre soin de l’humain.

 

Petite remarque préalable avant la plongée dans cette éthique : « prendre soin » est une traduction du mot anglais « care » qui a un sens un peu plus large que la simple traduction « prendre soin ». To care for signifie « faire attention à », « porter attention à ». Donc l’éthique de la permaculture nous invite à prendre soin de la nature et de l’humain d’une manière active, et également « passive » : juste en ayant conscience de, en observant, en laissant vivre et évoluer.

Prendre soin de la terre

Au sens le plus pragmatique de l’expression, le soin apporté à la Terre peut se comprendre comme une attention portée à un sol vivant, source de la vie terrestre.

D. Holmgren (in Permaculture) : « Nous avons de solides raisons scientifiques et historiques de considérer l ‘état de nos sols comme la mesure la plus fiable de la santé et du bien-être futurs d’une société. Comment prendre soin du sol ? Voici une question épineuse. A ces aspects techniques s’en ajoutent d’autres, éthiques, car nous ignorons dans quelle mesure nous pouvons accroître la capacité des sols à subvenir aux besoins de la nature et à ceux des humains. »

D. Holmgren soulève notamment la question de la gestion des terres : nous devons sans cesse nous poser la question suivante : ma gestion améliore t-elle la ressource concernée ? « Cette question soulève très vite le problème de la validité éthique du régime de propriété des terres et des ressources naturelles. Dans un avenir à faible consommation énergétique, le contrôle des terres sera un sujet éthique, politique et sociétal de premier ordre. L’éthique de la gestion de la terre comporte en elle un impératif moral : celui de continuer à élaborer des solutions toujours plus novatrices pour assurer le contrôle des terres par des structures collectives. »

Le travail de Terre de Liens participe de cet impératif moral. Son objectif est de sortir les terres agricoles de la spirale spéculative pour les réhabiliter comme un bien commun et les préserver dans leur rôle de terres nourricières.

terre de liens

Prises dans un engrenage spéculatif, les terres ne peuvent aujourd’hui être traitées comme un bien commun : la logique du marché foncier conduit inévitablement à les percevoir comme un objet de convoitise ou un placement qui doit dégager du bénéfice. À la clef, une accélération effrénée des prix d’achat et de vente. Ce qui importe alors n’est plus la vocation nourricière de ces terres mais l’opportunité de jouer sur leur valeur financière. En définitive, il n’est pas possible de prendre soin du foncier agricole de façon pérenne sans le soustraire au marché.

Pour enrayer cette logique spéculative, il est nécessaire d’avoir recours à l’argent : les outils financiers Foncière et Fondation permettent d’acquérir des terres pour les sortir définitivement de cette spirale. L’une s’appuie sur l’investissement solidaire apporté sous la forme d’achat d’actions, l’autre a recours au don et aux donations de fermes qui permettent également à Terre de Liens d’acquérir des terres. Dans les deux cas, il s’agit de confier ces terres à des paysans qui s’y succéderont génération après génération. Terre de Liens devient donc propriétaire pour ne plus jamais revendre ces terres, et leur permet d’être cultivées, soignées et traitées comme peuvent l’être des biens communs.

Prendre soin de la terre signifie également prendre soin de toutes les formes de vie qu’elle abrite.

On ne protège pas seulement celles qui nous semblent « utiles ». « Nous considérons que toutes les formes de vie et espèces ont une valeur intrinsèque, quels que soient leurs inconvénients, pour nous ou pour d’autres formes de vie importantes à nos yeux. Nous réduisons notre impact environnemental total, meilleur moyen selon nous de prendre soin de tout ce qui est vivant sans qu’il soit nécessaire de comprendre les nombreux impacts de chaque action individuelle, de les contrôler ou d’en endosser la responsabilité. Lorsque nous maltraitons une forme de vie ou que nous la tuons, nous le faisons toujours en conscience et avec respect ; ne pas utiliser ce qu’on tue constitue la forme suprême du mépris. » David Holmgren, in Permaculture.

Prendre soin de l’humain

La permaculture est une philosophie environnementale qui n’a pas honte d’être centrée sur l’humain et qui place nos besoins et préoccupations au cœur. Localement, cela signifie qu’il faut accepter d’être personnellement responsables de la situation dans laquelle nous sommes, au lieu de considérer que des forces et influences extérieures contrôlent nos vies.

Pour prendre soin des humains, il faut commencer par s’occuper de soi-même. Cette attention s’étend ensuite à des cercles de plus en plus grands, famille, voisins, communautés locales et plus éloignées. « A première vue, cela pourrait ressembler à une recette pour fermer les yeux sur les colossaux écarts de richesse entre riches et pauvres. Le fait est que notre confort se construit sur le saccage des richesses planétaires, ce qui prive les autres (et les générations futures) de leurs ressources locales. En réduisant notre dépendance vis-à-vis de l’économie mondiale et en remplaçant celle-ci par l’économie des ménages et l’économie locale, nous faisons baisser la demande, qui est responsable des inégalités actuelles. C’est pourquoi le précepte « occupe toi de toi d’abord » n’est pas un appel à la cupidité, mais un défi : nous devons nous développer dans l’indépendance et le sens des responsabilités. » in David Holmgren, Permaculture.

« L’un des meilleurs moyens d’appliquer ce principe est de s’attacher aux valeurs et avantages non matériels. Lorsqu’on s’émerveille d’un coucher de soleil plutôt que de regarder un film, qu’on prend soin de sa santé en marchant plutôt qu’en avalant des médicaments, qu’on passe du temps avec un enfant plutôt que de lui acheter un jouet, on prend soin de soi-même et des autres sans produire ni consommer des ressources matérielles. »

Prendre soin de soi :

Comme toujours en permaculture, cette phrase relève du bon sens ! Et pourtant … Qui ne s’est jamais dit « si je pouvais, je préférerais faire autre chose dans ma vie » ou « je suis crevé(e), j’ai pas le temps » ou encore « je me sens stressé(e) » ?

"Je ne peux faire plaisir qu'à une seule personne par jour. Aujourd'hui, ce sera moi."
« Je ne peux faire plaisir qu’à une seule personne par jour. Aujourd’hui, ce sera moi. »

La permaculture appliquée à l’humain, c’est

  1. prendre conscience de ses richesses (son « abondance », sa « niche écologique », là où on se sent bien, ce que l’on fait avec plaisir, facilité, naturel et enthousiasme).
  2. poser ses besoins pour soi et pour les autres : pour celui qui se donne régulièrement à l’exercice de se poser la question « de quoi ai-je besoin pour me sentir bien » , il s’aperçoit qu’y répondre peut parfois prendre du temps. Ainsi, prendre soin de soi, c’est déjà prendre le temps de se poser, de poser les choses, de s’accorder des pauses, tout simplement pour se connaître. Cela touche au « Connais-toi toi même », devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend : « n’est-il pas évident, cher Xénophon, que les hommes ne sont jamais plus heureux que lorsqu’ils se connaissent eux-mêmes, ni plus malheureux que lorsqu’ils se trompent sur leur propre compte ? » (in Les Mémorables, Xénophon). Connais-toi toi même, c’est connaître mes besoins par exemple : avoir besoin de stabilité ou au contraire, avoir besoin d’itinérance et de découverte ; accepter aussi d’avoir besoin des deux et construire en conjuguant ses besoins et non en les opposant !.
  3. réfléchir à sa vie et la vivre dans le but d’exprimer pleinement son « abondance » : un exercice très simple est parfois proposé lors de cours de permaculture : il s’agit de dresser la liste de tous ses « talents » : ce que l’on aime faire, ce que l’on sait faire, ce que l’on fait naturellement, nos qualités d’être, de savoir-être, etc. Dans un design, cela correspond à la phase où l’on recense toutes les ressources d’un projet (ressources naturelles, matérielles, financières, compétences techniques, etc) pour ensuite les valoriser au mieux. Ici, c’est la même logique : on identifie nos ressources (la fameuse abondance) pour les valoriser au mieux, et cela au service de son propre épanouissement et de celui des autres.

 

Prendre soin des autres :

Prendre soin des autres découle de ce qui précède. Pour prendre soin des autres, il est nécessaire d’apprendre à les connaître, avec bienveillance, sans jugement intempestif.

Cette fiche n’a pas pour objet d’être détaillée sur les notions de bienveillance. Toutefois, il est utile d’indiquer que l’éthique de la permaculture trouve écho dans toutes les pratiques de communication bienveillante.

Le lecteur pourra ainsi utilement se reporter vers les ouvrages suivants : Les mots sont des fenêtres de Marshall B. Rosenberg et Cessez d’être gentil, soyez vrai de Thomas d’Ansembourg. Ces auteurs parlent de communication non violente à partir de leurs nombreuses expériences de médiation, de gestion de conflits, de tension, et de suivi de personnes en défaut de communication bienveillante. Ils parlent donc de situations vraies, et donnent des outils fort utiles pour aller vers davantage d’empathie et d’écoute. On peut d’ailleurs émettre l’hypothèse que dans un monde résilient, post pétrole, les valeurs les plus « efficaces » et importantes seront l’empathie, l’écoute et la capacité de faire ensemble.

comm bienveillante 2
Tout comme on cultive son jardin, on cultive aussi sa relation à soi et à l’autre en permaculture !

La coopération au cœur de l’éthique de la permaculture : des exemples de gouvernance

La coopération est une notion issue de l’observation des écosystèmes naturels. Dans la nature, on observe des interactions symbiotiques entre organisme vivant : chacun tire profit de l’interaction.

La symbiose (du grec sun « avec » et bioō « vivre ») est une association intime, durable et à bénéfice mutuel entre deux organismes hétérospécifiques (appartenant à des espèces différentes), et parfois plus de deux.

Par exemple, le lichen résulte d’une union entre une algue unicellulaire et un champignon : l’algue retire de la relation un apport important en eau et en sels minéraux ainsi qu’un gîte.

lichen

Le champignon, hétérotrophe, retire le glucose nécessaire à sa croissance que produit l’algue par la photosynthèse.
Egalement, l’intestin humain contient entre 1000 et 1150 espèces de bactéries comme Escherichia coli ; cette microflore représente chez un adulte plus d’un kilogramme de biomasse. Elles ont un rôle favorable dans la digestion, dans la régulation du système immunitaire et empêchent la colonisation par des organismes pathogènes.

Evidemment, il ne s’agit pas de magnifier la nature : il existe aussi des situations de compétition féroce, ou de simple commensalisme. Cependant, le choix de la permaculture est de s’appuyer sur la coopération. Bill Mollison écrit ainsi « La coopération et non la compétition est la base fondamentale des systèmes vivants actuels et de leur survie future » dans A Designers Manual (1988). Il est à noter que Lynn Margulis a démontré dans les années 60 que l’évolution est autant le résultat de la coopération et que du principe de compétition. Elle a notamment prouvé que les cellules des organismes actuels sont nées de la fusion de cellules plus simples lors de symbioses très anciennes (plus de détails dans le mémoire de Gildas Véret, Ecologie et permaculture, 2014).

 

Des outils se diffusent de plus en plus pour favoriser la coopération entre humains. En voici deux exemples :

Les Colibris

colibris

En juin 2012, les Colibris (mouvement citoyens de transition écologique et sociale) ont validé une véritable transformation de leurs statuts, afin d’expérimenter un modèle permettant à toutes les parties prenantes du mouvement de participer aux orientations stratégiques, dans un vaste processus d’intelligence collective. L’idée est que chaque personne qui sera impactée par une décision du mouvement, puisse participer à l’élaborer ou à la ratifier. Leur gouvernance s’inspire ainsi des grands principes de la sociocratie :

  • le fonctionnement en cercle
  • la prise de décision par consentement
  • la mise en place de doubles liens entre les cercles
  • les élections sans candidats

    colibris gvance

Le modèle élaboré n’est donc pas une pyramide mais une marguerite dont chaque pétale représente un collège d’acteurs de colibris. L’intention est ainsi de faire émerger une forme de sagesse collective, plus significative qu’un vote démocratique direct qui laisse forcément une partie des membres insatisfaits (lorsque 51% votent une décision, 49% doivent vivre avec quelque chose qui ne leur convient pas…). Lors d’une prise de décision par consentement, tous les membres valident et donc portent la décision, facilitant ainsi sa mise en application.

L’université du Nous

udn-logo-PM

L’université du Nous est une organisation, créée en 2010 pour accompagner la transformation sociétale en favorisant l’émergence de nouvelles formes d’organisations.

La mise en place de cercles, inspiré de la sociocratie, est expliqué ainsi « elle nous pousse à transgresser nos comportements conditionnés et égotiques et nous ouvre à de nouveaux paradigmes quant à notre rapport à la communication en groupe, au travail, au pouvoir, à la responsabilité, à la souveraineté individuelle et à l’autorité.

UdN gvance

Elle permet de venir travailler la posture de coopération et l’empathie. Le respect de la parole de chacun en est un des fondamentaux et la concision d’expression s’y apprend. » La relation d’équivalence est un impondérable de l’organisation qui vise à fonctionner en gouvernance partagée, elle se vit au travers de processus décisionnels qui permettent l’écoute, le questionnement, l’expression des ressentis. Elle se concrétise par un droit d’objection accordé à chacun.

La coopération appliquée dans le monde agricole

De nombreuses situations montrent que la coopération se développe de plus en plus au sein des réseaux de nouvelles pratiques agricoles. Les paysans créent des liens en valorisant chacun leurs atouts et leurs richesses : groupes d’échanges locaux de bonnes pratiques, commandes groupées pour les semences et les plants, formations communes sur des sujets les intéressant. Ces dynamiques sont favorisées par des réseaux très actifs dans les régions : les groupements des agriculteurs biologiques (GAB), les Initiatives pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale (Inpact, environ une douzaine en France), les Centres d’Initiative pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu Rural (les CIVAM : 140 groupes locaux sur 17 régions), etc.

Quelques exemples inspirant de cette coopération :

La louve, supermarché coopératif et participatif, Paris 18ème

la louve

Ce projet s’inspire du Park Slope Food Coop, créée il y a 40 ans à New-York et partenaire du projet. Il s’agit d’un supermarché coopératif à but non lucratif qui vendra à Paris, dans le 18ème arrondissement en 2015, des légumes locaux et souvent bio à prix raisonnables. Chaque adhérent travaillera 3 heures par mois (vente, ménage, administration), ce qui permettra de réduire le coût de main-d’œuvre de 75 %. Les bénéfices du magasin seront reversés aux membres qui pourront alors bénéficier des produits. Ce système permettra aussi de payer correctement les producteurs.

Le magasin existant à Brooklin (New-York) s’étale sur 1000 m2 et regroupe 16 000 membres. Cela peut donc marcher !

Le GartenCoop à Freiburg

La Gartencoop de Freiburg est un exemple réussi de mise en œuvre d’un modèle d’agriculture solidaire. La coopérative est riche de 280 membres qui se partagent la responsabilité d’une ferme en périphérie de la ville et qui supportent ensemble les coûts et les risques d’un projet agricole. La totalité des récoltes – bonnes ou mauvaises, tordues ou droites – est distribuée à tous ses membres. Cet étonnant projet multi-facettes combine entre autres : une agriculture biologique et cohérente, le respect des saisons, l’utilisation de variétés paysannes non-hybrides, des distances et des circuits courts, l’économie solidaire, la propriété collective, l’éducation, et la reprise en main de l’agriculture par ceux qui la font et en vivent.

 

 

 

 

 

 

En 2009, un groupe très motivé de 20 agriculteurs-trices, étudiant-e-s, militant-e-s sociaux et écologiques se constitue et décide de prendre en main son alimentation. Inspiré entre autres, par les Jardins de Cocagne à Genève, il crée une association d’agriculture solidaire, la GartenCoop.
Après deux années à la recherche de terres exploitables, l’équipe peut démarrer sa production maraîchère en février 2011 à Tunsel, à 20 km de Freiburg.

Chaque participant choisit librement sa contribution financière aux charges annuelles. Celui qui a de faibles moyens paiera moins que la moyenne théorique, et celui qui le peut paiera plus. Le but est qu’au moment du bilan, le total des contributions corresponde à la totalité des dépenses prévues. Ce principe offre une plus grande sécurité et un salaire décent aux agriculteurs. C’est ainsi que se crée une communauté variée et solide indépendamment des moyens de chacun.

La communauté ne paie pas pour acquérir des légumes, mais bien pour rendre possible une production durable et solidaire. Il s’agit d’une économie planifiée par le bas, centrée sur les besoins et le long terme. Les légumes perdent leur prix et retrouvent une valeur vraie.

La coopérative achète collectivement ses moyens de production. Chaque membre accorde un crédit direct et sans intérêts à la coopérative pour financer l’équipement. Chacun récupère son crédit s’il quitte la communauté.

Par ce principe de coopérative solidaire et autosuffisante, la ferme n’est pas soumise au stress et aux pressions du marché. Les risques de production, mauvaise récolte, mauvais temps, maladies ou parasitages, sont portés par la communauté. La ferme est ainsi soutenue par tous les membres.

Les membres ne participent pas uniquement par leur apport financier à l’existence de la GartenCoop.
Ils s’engagent aussi à participer sur cinq demi-journées par an aux travaux de la ferme dans le cadre de journées de travail coordonnées.
De nombreux travaux tels que binage, récoltes, répartition de la production, etc. sont effectués collectivement. L’équipe professionnelle se donne comme mission de former les membres afin qu’ils puissent être autonomes dans leurs activités.

Locataires pour l’instant, l’équipe de la Gartencoop envisage d’acheter collectivement les terres en utilisant un système de crédits directs. La forme juridique qui devra assurer le maintien des terres agricoles est en cours d’étude. L’idée s’inspire d’une coopérative de logements locatifs, le « Mietshäuser Syndikat », qui a extrait du marché spéculatif et collectivisé plus de 80 immeubles durant ces 20 dernières années.

Partage équitable : « Fixer des limites à la consommation et à la démographie, et redistribuer les surplus » (D. Holmgren)

Cette troisième éthique est probablement la plus ardue à définir. En effet, plusieurs compréhensions sont possible.
Certains permaculteurs insistent sur la nécessité de créer l’abondance et de partager le surplus. Concernant le surplus, là-aussi les interprétations divergent. Un accord se dégage sur le fait que le surplus est ce qui reste une fois qu’on a rempli ses besoins avec sa production. Après vient la question du périmètre de nos besoins : simples besoins vitaux, besoins un peu plus larges, mais alors où se situe la limite entre besoins et désirs ? Là encore, la notion est sujette à interprétations personnelles …
Partager le surplus, c’est aussi accepter que la nature prenne sa part : en l’échange de tous les services éco-systèmiques qu’il rend, favorables à mon système nourricier (contrôle des nuisibles : insectes, larves et rongeurs), l’oiseau a bien le droit de prélever une partie de ma récolte (fruits, graines, baies).

 

Certains permaculteurs vont plus loin : avant de créer de l’abondance, il s’agit de fixer des limites aux besoins humains, partant de l’observation que la planète est finie. C’est le sens de l’expression de Daid Holmgren quand il évoque cette troisième éthique « fixer des limites à la consommation et à la démographie, et redistribuer les surplus.

 

Extraits de Permaculture, David Holmgren :

« Le sens des limites naît de la connaissance approfondie du fonctionnement de notre monde. Fixer des limites à la consommation et à la démographie implique que nous déterminions ce qui est suffisant, et que parfois, nous prenions des décisions difficiles. Mais lorsque nous acceptons notre condition de mortels et le caractère limité de notre pouvoir, l’instauration des limites personnelles prend la forme d’un marché raisonnable conclu avec le monde. En pratiquant l’autolimitation, nous évitons que des forces extérieures nous obligent à changer, et nous préservons notre autonomie et la maîtrise que nous avons de nous-même.(…)

L’épineux problème de la croissance démographique suscite de son côté des prises de position très contrastées. La planète est sans doute déjà trop peuplée pour que le bien-être à long terme de l’humanité et des autres espèces soit assuré.(…)

La redistribution ds surplus nécessite que nous partagions les ressources excédentaires afin d’aider la Terre et les autres humains, au-delà du cercle de nos influences et responsabilités immédiates. Comment distribuer notre surplus de temps, de ressources et de richesses ? Cette question est existentielle pour un grand nombre d’habitants relativement riche sur ces planète. Cela se fait non plus via des institutions telles que l’Eglise, mais via des programmes d’aide au développement, des actions sociales, des associations, etc.
Dans la plupart des sociétés indigènes et paysannes, des traditions liées à la nature prenaient en charge – sous la forme de dons, de travail et d’autres expressions de dévouement à la préservation de tous les aspects du monde vivant – ce soin apporté à la terre au-delà des besoins de la famille ou de ceux des descendants. Plus concrètement, dans de nombreuses sociétés agricoles, la plantation d’arbres et de forêts résistants et de grande valeur est une méthode traditionnelle de redistribution du temps et des ressources excédentaires aux générations futures et à la terre elle-même.(…)

Dans le cadre plus récent de l’agriculture biologique, l’aménagement des terres destiné à restaurer la fertilité des sols permet de laisser la terre dans un meilleur état que celui dans lequel on l’a trouvée. Planter des arbres et autres végétaux pérennes, afin de restaurer la bonne santé de la terre sans chercher un bénéfice économique, constitue une activité centrale de la permaculture. »

 

Et sur la ferme de la Bourdaisière ?

Sur la ferme a été pensé et est continuellement repensé le design humain. Le design humain est la partie de la conception qui porte son attention sur l’éthique de la permaculture, en particulier en ce qui concerne les rapports sociaux, le bien-être de chacun, la compréhension et le respect des « talents » et « fragilités » de chacun, etc.

La gestion dite « humaine » du projet est un facteur essentiel à son succès. A l’heure actuelle, de nombreuses installations en maraîchage cessent au bout de 5 à 10 ans en raison du facteur humain :

– solitude du métier
– difficulté à concilier vie personnelle et vie professionnelle
– découragement lié au faible revenu par rapport à la charge de travail.

La micro ferme de la Bourdaisière doit donc prendre à bras le corps l’enjeu « humain ».

Dans le processus de discussion et de décision

L’équipe de la ferme : Maxime, les maraîchers, Claire et Gildas se réunissent une fois par semaine pour gérer les enjeux techniques, financiers et humains. L’étroite intrication de leurs responsabilités respectives dans le bon fonctionnement de la ferme rend indispensable un fonctionnement en confiance. Des méthodes inspirées des techniques d’intelligence collective, de sociocratie et d’holacratie permettent de construire des solutions intégrant les avis de chacun, tout en gérant les aspirations individuelles et les tensions de manière à ce qu’elle soient constructives et non problématiques. La recherche de solutions consensuelles est une priorité. Un processus a également été établi dans les situations où un consensus n’est pas trouvé et où il est pourtant nécessaire de prendre rapidement une décision.

Être « remplaçables »

Dans une logique de réplicabilité et de pérennité, la micro-ferme ne doit pas être dépendante des personnes qui la construisent. Le travail de chacun est organisé de manière à ce que tous soient « remplaçables » (consignation des données, répartition des rôles, partage des contacts, …).

Dans la gestion quotidienne de la ferme

Plusieurs maraîchers travaillent ensemble sur la ferme. Ils travaillent sur les mêmes planches, afin de pouvoir mettre en commun leurs efforts à toutes les étapes : démarrage des plants, plantations, confection et entretien des buttes, récoltes, vente, etc.

Leurs forces et leurs appétences particulières sont identifiées afin de polariser davantage certaines missions. Une séance de travail leur est proposée en ce sens.

Le dialogue est constant entre les maraîchers. Un debriefing technique et organisationnel a lieu une fois par semaine.

Le bien-être des maraîchers : cet aspect est au cœur de la permaculture. La prise en compte de ce facteur est délicate.

Des échanges ont lieu avec les maraîchers avec pour objectifs :

  • d’identifier leurs attentes par rapport au métier de maraîcher et leur visualisation de ce métier dans l’idéal

  • de préciser leurs souhaits en termes d’équilibre vie privée / vie professionnelle.

    Le design de la ferme a été pensé pour :

  • inscrire la ferme dans un territoire, et dans un collectif de maraîchers.

  • avoir une réelle esthétique de la ferme, ce qui rend le travail plus agréable.

  • diversifier les productions afin de garantir une résilience économique et également, permettre de varier les postures de travail des maraîchers, et rendre le travail encore plus enrichissant grâce à des activités variées.

  • permettre une relation de proximité avec les clients.

  • éviter les modes de commercialisation chronophages et parfois peu rémunérateurs tels que les marchés, qui ont souvent lieu le week-end et interfèrent ainsi avec la vie privée et familiale du maraîcher.

Perspectives

Le design humain de la ferme se réinvente tous les jours, de manière dynamique, en fonction des événements qui ponctuent le quotidien de la ferme. Une formation collective sur la sociocratie est envisagée afin de confirmer les outils actuels de discussion et de décision.

 

Pour conclure : le « précieux facteur humain »

On l’a vu, la permaculture est un outil d’aide à la prise de décisions éthiques. Le « putain de facteur humain » devient le « précieux facteur humain » (PFH). Si c’est souvent ce PFH qui conduit à l’échec de projets innovants et collectifs, c’est aussi bien souvent ce même PFH qui permet à un collectif de dépasser les difficultés, d’inventer de nouveaux chemins, d’intégrer les avis variés permettant d’enrichir les décisions.

Ainsi, si la permaculture insiste sur des principes de gestion efficace d’un terrain, c’est indissociable de la prise en compte du facteur humain. L’un sans l’autre ne constitue pas la permaculture.

« Dans les efforts que nous fournissons pour associer vie et éthique, nous avons besoin d’outils conceptuels pour nous aider à déterminer ce qui est pertinent, ce qui est adapté à une situation ou un contexte particulier et qui pourtant fera ses preuves sur la durée, dans une époque où tout est constamment bouleversé. La permaculture et ses principes procurent ces outils conceptuels, utiles à bien des gens qui ont entrepris cette longue démarche. » David Holmgren.

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Ce dossier a été réalisé par Horizon Permaculture