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Vision et objectifs

Par Maxime de Rostolan

Nous avons 20 ans pour changer le monde. Si nous ne parvenons pas à infléchir notre modèle d’ici là, j’ai l’habitude de dire qu’il ne nous restera plus qu’à s’allonger sur un transat à la plage pour regarder monter, lentement mais sûrement, le niveau de la mer.
Infléchir notre modèle, le remettre sur les bons rails, enclencher le cercle vertueux, changer de paradigme…bref, retrouver le bon sens dans notre société, à tous les niveaux.

Concevoir des écosystèmes humains équilibrés, c’est la définition de la permaculture. Cela consiste à envisager des dynamiques locales vertueuses, conjuguant viabilité économique, préservation voire restauration du capital naturel, autonomie et résilience énergétique, création de liens et de valeurs, et respect des femmes et hommes du territoire. C’est un beau programme qui, sur le papier, emportera sans mal l’adhésion de tous les convaincus. Même ceux qui doutent, pour peu qu’on leur explique les tenants et aboutissants de chacune de ces pistes, devraient pouvoir se laisser séduire. Mais le problème, non des moindres, c’est que cela ne fonctionne pas !

Ou plutôt : pour disposer des conditions nécessaires au changement, il faudrait une conscience sans faille des enjeux, un engagement de tous les instants et une remise à plat des priorités de notre société humaine. Les deux premières conditions relèvent de nous tous, colibris de la société civile, qui progressent année après année dans le bon sens, mais le troisième point ne peut être le fruit que d’une volonté politique audacieuse. Nous avons toutes les solutions techniques, technologiques, systémiques, mais la conjoncture ne leur est malheureusement pas favorable.

La place qu’a pris l’argent au sein de notre système est tellement prépondérante et exclusive que les initiatives visant autre chose que la rentabilité économique à court terme sont reléguées (souvent de manière condescendante par les partisans -car profitant- du système actuel) au rang d’utopies ou de loisirs. Quand l’argent est une fin en soi, vendre des pesticides devient un atout, détruire de l’emploi est une démarche respectable, et même les maladies chroniques apparaissent comme des alliées.

Mais le vrai besoin, collectif, humain, ce n’est pas de faire de l’argent, mais bien de satisfaire l’essentiel en assurant à boire, à manger, un toit, des moyens de transport, des liens sociaux de qualité à l’ensemble des humains sans distinction. La permaculture repose sur plusieurs principes, dont les 3 principaux représentent l’éthique, le socle : prendre soin de la terre, prendre soin des humains, partager équitablement les ressources.

La permaculture est parfois cantonnée à une application agricole ; nombreux sont les articles de presse ou lesouvrages ne s’intéressant qu’à cet aspect de la permaculture. Mais la permaculture est avant tout synonyme d’efficacité et de résilience, dans tous les domaines de la vie… Mon propos ici est de suggérer que la permaculture devrait voir plus large et plus grand, car elle est synonyme d’efficacité et de résilience, ce qui fait tant défaut à nos politiques actuelles.

Il faut absolument remplacer le principe de croissance, qui ne se calcule que par l’évolution du PIB (dont Kennedy disait déjà en 1968 qu’il « mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ») par les principes évidents et logiques de la permaculture. Concevoir notre société comme un écosystème qui doit trouver son équilibre, c’est le bon sens. Valoriser tout ce qui prend soin de la terre, des humains, et de l’équité, rendrait ultra compétitif l’agroécologie, les énergies renouvelables, la mutualisation des services,…

L’enjeu pour les années à venir est de convaincre les politiques, les décideurs, les chefs d’entreprise, que leur bonheur et leur satisfaction personnelle dépendront de la capacité qu’ils auront eue à soutenir cette vision de résilience, à activer tous les leviers dont ils disposent pour favoriser l’émergence d’une nouvelle ère, non pas celle que l’on nomme anthropocène en raison des impacts de quelques générations sur la structure même de notre planète, mais que l’on appellerait par exemple permacène, l’ère de la résilience à grande échelle.