Ferme de la Boudaisière
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La ferme de la Bourdaisière

Par Maxime de Rostolan

La Ferme de la Bourdaisière est LE projet originel de l’association, celui par lequel tout a commencé.

Le pari était simple (dans l’idée, pas dans la pratique) :

Encouragé et soutenu par Louis-Albert de Broglie, propriétaire du Château de la Bourdaisière et de Deyrolle, où je travaillais depuis près de 7 ans, j’ai donc décidé d’écrire le projet, de trouver et convaincre les meilleurs partenaires et de me former en suivant à distance pendant 18 mois, ponctués de stages pratiques à la ferme du Bec-Hellouin, un Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BP-REA). Avec Claire et Gildas Véret, passionnés de permaculture (et diplômés de l’Université Populaire de Permaculture), qui travaillaient encore à Paris, nous avons esquissé un prévisionnel pour la ferme : sur 1,4 ha, nous avons estimé après de nombreuses recherches sur les fermes existantes et pratiquant l’agro-écologie voire la permaculture, qu’il serait possible de sortir 3 salaires grâce à la production maraîchère, soit 100 000 € pour atteindre l’équilibre, espéré en année 4 ou 5. Côté investissements, nous tenions à montrer qu’ils n’étaient pas excessifs, et avons donc considéré que notre ferme devrait coûter moins cher qu’un tracteur, soit 100 000 € au maximum, bâtiment compris.

En août 2013, Claire et Gildas de leur côté, ma famille et moi-même du nôtre, nous sommes donc installés en Touraine, à proximité de la Bourdaisière. Le design (conception inspirée de la permaculture) de la ferme fut arrêté en février 2014, après de longs mois d’observation, et j’ai donc pu donner le premier coup de bêche le 1er avril 2014, aidé de Grégoire, premier maraîcher salarié de l’aventure qui nous quitta après une saison (8 mois).

Cette première année fut une expérience extrêmement riche d’enseignements, quant à la réalité du métier de maraîcher surtout : sur-humain s’il en est, il doit maîtriser parfaitement ses itinéraires techniques, les adapter au gré des imprévus, réagir promptement et être assidu sur son exploitation. Il doit en parallèle être un excellent gestionnaire, un bon acheteur, un commerçant pro-actif, et un bon manager lorsqu’il accueille d’autres travailleurs ou volontaires.

La prise de conscience de la complexité du métier nous a amenés à inventer proposer le concept de « payculteur ». J’ai compris, au fil des mois et sous une accumulation croissante de mails non lus, que je me devais de répondre aux besoins exprimés par les gens qui me contactaient, qu’ils soient porteurs de projet, élus locaux, propriétaires fonciers, ou acteurs des filières agroalimentaires…

J’ai donc pris de la distance avec le terrain pour me concentrer sur le développement de l’association suite aux nombreuses demandes. L’association a ainsi grandi plus vite qu’elle ne l’avait prévu.

En 2015 sont arrivés deux nouveaux maraîchers, Nicolas et Benjamin, puis un troisième saisonnier. Claire est intervenue sur la ferme en tant que coordinatrice globale : sur un petit temps partiel, elle s’occupe de la stratégie de commercialisation, suit la planification et l’évolution de la production, gère une partie de la comptabilité et de l’administratif. Elle est à l’écoute des maraîchers et ensemble, ils discutent des ajustements d’orientation de la ferme en fonction des réussites et des échecs.

La ferme finit donc sa 3e saison, et 2016 est déjà à inscrire dans les annales, au niveau national, comme une année compliquée voire catastrophique pour l’agriculture.

Nous n’atteindrons pas les objectifs de chiffre d’affaires initialement fixés et avons perdu un an sur notre business plan prévisionnel escompté.

Cet écart entre le prévisionnel et ce que nous espérions est un coup dur pour toute l’équipe. Notre expérience se fait en temps et en conditions réels, nos chiffres reflètent notre réalité* et nous tenons nos engagements de transparence.

Aujourd’hui, la ferme est belle, elle le sera encore plus dans 5 ans, quand les arbres auront pris de la hauteur, quand l’écosystème se sera installé sur ce qui, il y a deux ans et demi, n’était encore qu’une prairie. Nous vendons les légumes sous forme de paniers (50 hebdomadaires), à la ferme en vente directe, à des restaurateurs, à des maisons de retraite, aux boutiques spécialisées (Biocoop, Coop’Nature).

Nous vendons aussi, de manière expérimentale et sous forme de paniers de légumes de saison que nous composons librement d’une semaine à l’autre, à la grande distribution en local (Metro, Super U). Ce dernier débouché représente moins de 5 % de notre chiffre d’affaires.

La ferme accueille régulièrement des volontaires en formation, qui aident tout en apprenant et repartent généralement très contents. Nous organisons des visites commentées deux fois par mois, car cette ferme intrigue par le pari osé que nous lui avons associé dès le lancement du projet…

Puisse-t-elle maintenant faire des petits, partout sur les territoires, afin que chaque pays ait ses maraîchers, ses bons produits, ses fermes écologiques !

*Le contexte de notre ferme est loin d’être le cas idéal :

• le pari du salariat à 39 h annualisées est très ambitieux, car la période de mise en place d’une ferme implique inévitablement une surcharge de travail que les maraîchers à leur compte assument souvent jusqu’à 70 h par semaine.

• le contexte expérimental de recherche est très chronophage, notamment pour relever au jour le jour l’ensemble des données requises par les scientifiques.

• sous les feux des projecteurs, impensable pour nous d’avoir des recettes au black, pratique critiquable mais commune dans le secteur.