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Journal de Bord

A la découverte de modèles innovants

Toute l’équipe de Fermes d’Avenir a participé le mardi 23 janvier 2018 à une journée de visites de fermes dans le Perche, en Normandie. Cette journée avait pour objectif la rencontre avec des acteurs du territoire et la découverte de modèles originaux d’installations de producteurs.

Cette journée a été organisée par Julien Kieffer, fondateur et co-gérant de Rhizome : une coopérative d’activité et d’emploi agricole qui accompagne des personnes souhaitant créer une activité agricole à tester leurs projets. Actuellement, 17 personnes testent ainsi leurs projets agricoles ou para-agricoles dans La Manche,      l’Orne, le Calvados et l’Eure-et-Loire. La coopérative apporte un statut pour entreprendre, un hébergement juridique, social, comptable et fiscal, un accompagnement technique et la mise en réseau des entreprises. (cae-rhizome.com)
La journée a permis la visite de deux sites de l’espace-test agricole du Perche, coordonné par le Parc naturel régional du territoire :« Les Jardins de la Rue » et « Jardin Solstice », puis d’une ferme « Terre de liens » : , La Bourdinière, une ferme en recherche de repreneurs.

La journée a débuté par la visite des « Jardins de la Rue » (Bretoncelles), un espace test agricole sur 2,5 ha de plein champs et 1 200m² de serres.

Un espace test est une « pépinière » de projets agricoles : elle permet au maraicher de prendre en mains une ferme et de monter en compétences sans prendre de risque financier important. Ce dernier peut se faire la main sur un espace équipé en location, avec l’accompagnement d’un maraicher expérimenté de la région et d’une personne pour la gestion et la comptabilité.

Mais quelles en sont les conditions ? Concrètement, le maraicher verse un loyer mensuel ainsi qu’un apport initial de trésorerie (environ 5 000€ ici) au propriétaire du lieu, ici Rhizome. Il est sous contrat CAPE (Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise) d’un an renouvelable deux fois (trois ans au maximum). Ce n’est pas un contrat rémunéré mais il permet de bénéficier des allocations (chômage, RSA, …) ou d’une allocation de la Région Normandie. Lorsque l’activité le permet,e maraicher peut décider de se rémunérer.

A l’issue du test d’activité (maximum 3 ans) , le maraicher a la possibilité de quitter le lieu ou de l’acheter et de s’y installer de façon permanente. Cet achat est facilité car les loyers versés sont déduits du prix de vente, et le chiffre d’affaires de la 3ème année d’activité facilite l’accès au prêt.

Dans le cas présent, la ferme a fait un chiffre d’affaires de 40 000€ en 1ère année, 80 000€ en 2ème année et 90 000€ en 3ème année. L’équipe se compose de 2,5 ETP (Equivalents Temps Plein). En 3ème année, 3 maraîcher-e-s sont salarié-e-s à temps plein sur le site.

Du côté technique, la ferme est mécanisée et les outils sont directement fournis par l’espace-test. Il est à la fois pratique pour le maraicher de récupérer un lot d’outils prêt à l’emploi, et en même temps ce sont des outils qu’il n’a pas choisis et qui ne sont donc pas optimaux pour les pratiques qu’il souhaite adopter. Par exemple, le maraicher a investi dans une herse étrillée (environ 5 000€) non fournie initialement, qui est selon lui l’outil parfait pour désherber sans déstructurer le sol ni endommager la culture en place.

Parmi les autres techniques intéressantes, voici ce que nous avons pu constater :

– Des vignes poussent sur la structure intérieure des serres. Outre le fait que le raisin de table se valorise très bien à la vente, la vigne produit une mi- ombre en été, intéressante pour les cultures.

– A plusieurs endroits sous serre, le sol n’a pas été travaillé pendant plus d’un an, pas même à la grelinette. Après une récolte de primeurs, du sarrasin a été semé en engrais vert partout dans la serre (passe-pieds compris). Il a été laissé en place durant 1 mois et demi puis aplati au pied à l’aide d’une planche de bois et couvert d’une bâche d’ensilage durant 15 jours. Un engrais vert est une céréale et/ou une légumineuse implantée entre deux cultures, quand la terre est inutilisée. Elle permet de ne pas laisser la terre à nue, de favoriser la vie du sol et elle est finalement incorporée au sol afin de le fertiliser. Enfin des goutte-à-gouttes et bâches noires ont été placés sur les planches de culture, prêtes pour la plantation des cultures suivantes (mesclun, claytone de Cuba, …). Le non-travail du sol permet de ne pas le déstructurer et de ne pas perturber la vie qui y règne. Le sol est ainsi plus aéré, plus nourri et plus vivant, il permet de meilleures cultures.

– Dans le champ de choux, après un passage de herse étrillée, du trèfle blanc a été semé. Ainsi l’engrais vert est directement introduit en même temps que la culture, il permet un couvert végétal et empêche la prolifération des mauvaises herbes. Il est simplement tondu de temps en temps. En fin de culture, l’engrais vert et les résidus de choux sont broyés et intégrés au sol. Le sol est bâché et il est ainsi parfait pour accueillir des courges, culture exigeante en azote.

Le maraicher est donc très intéressé par les techniques de non travail du sol et de planches permanentes. Il suit notamment de près la ferme « Des clics au potager » en Mayenne qui utilise cette technique et confectionne les outils appropriés en partenariat avec l’atelier paysan (http://www.desclicsaupotager.fr/).

La journée s’est poursuivie par une visite du « Jardin Solstice » (Vaupillon, région Centre), un lieu-test également en plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) bio. Ce lieu a, au départ, été rénové pour proposer des chambres d’hôtes. Il produit depuis 2 ans des PPAM qui sont séchées pour produire des tisanes, des sirops et des produits cosmétiques. Cinquante plantes différentes sont cultivées et une vingtaine de plantes en cueillette sauvage complètent la gamme. Le couple installé vend ses produits en direct (chambres d’hôtes) et via une AMAP. Ils ont réalisé un chiffre d’affaires de 5-6000€ la première année (équivalent à leur investissement) et de 15 000€ la deuxième année.

Sébastien est en test à plein temps pour la culture et la transformation des plantes. Il s’est formé au fur et à mesure avec Biocentre, un Cfppa et les échanges avec les maraîchers locaux. Ainsi il bénéficie de l’accompagnement de producteurs locaux, d’une aide pour la comptabilité avec Rhizome et a été stagiaire « Paysan créatif » avec l’Ardear Centre. Il s’est formé pour la transformation (Syndicat Libre, CFPPA, …). Sa compagne a gardé son emploi à temps plein et aide pour la gestion des chambres d’hôtes. Elle s’est formée en herboristerie à distance en parallèle de son emploi, c’est donc elle qui met au point la formulation des produits.

Après un déjeuner bio, végétarien et local concocté par Fantine en cuisine https://www.fantineencuisine.com, traiteur bio et local de la région, le groupe s’est dirigé vers la ferme de la Bourdinière (Moutiers-au-Perche). Deuxième ferme achetée par Terre de Liens en Normandie, elle compte 45ha propices à l’élevage. Les exploitants actuels ont ajouté une production de pain et une zone de maraichage. Ils ont aussi mis en place un élevage de brebis et font la transformation de fromage.

Cette ferme cherche aujourd’hui des repreneurs, soit en installation classique, soit en la convertissant en espace-test. C’est un cas d’école : elle pose les questions de la transmission des fermes en France :

– Comment trouver de bons porteurs de projet ?

  • Des personnes formées, qui ont la connaissance du métier, avec un projet qui tient la route.
  • Ce type de projet est idéal pour une reprise en collectif (rotation pour l’astreinte les weekends en élevage). C’est une difficulté supplémentaire de trouver les personnes adéquates pour monter un projet collectif.

– Comment rendre le métier et le lieu attractifs ? Il est important que les lieux de vie et de travail soient confortables et inspirants.

S’en est donc suivi une discussion entre tous les acteurs présents pour établir une stratégie de reprise de cette ferme :

– Financement d’une vidéo de présentation de la ferme à faire tourner sur les réseaux sociaux pour communiquer sur sa transmission.

– Cahier des charges à demander aux candidats.

– Type d’investissements à réaliser et moyens de financement possibles.

Cette journée de visite nous a montré l’importante diversité des solutions originales qui existent pour redynamiser le secteur agricole français et créer des fermes à taille humaine sur nos territoires. Elle nous rappelle aussi tout le challenge de repeupler nos campagnes en créant des lieux de vie et de travail attrayants.